Voici un petit débriefing sur la deuxième table ronde à laquelle j’ai assistée à l’occasion du Forum Entreprendre dans la Culture, le 24 mai dernier à Paris.

Vous pouvez retrouver la première partie sur l’évolution du marché de l’art contemporain >ici<.

Cette deuxième partie s’intitule… **roulements de tambour**

Artistes Plasticiens : quelle stratégie mettre en place pour vivre de son art ?

Comment se construit la cote d’un artiste ? Quelle stratégie de valorisation doit mettre en place un créateur afin de pouvoir vivre de son art ? Cinq professionnels du secteur dresseront le nouveau profil de « l’artiste-entrepreneur » le mieux à même de se mouvoir et de prospérer dans un marché désormais mondialisé.

Modérateur Frédéric Ballon, directeur, Drouot formation

Intervenants :

  • Claudine Bony-Teucquam, spécialiste du marché de l’art
  • Carole Benaiteau, commissaire d’exposition
  • Jacques Fingerhut, fiscalité du Marché de l’Art
  • Thomas Müller, commissaire-priseur à Drouot
  • Jean-François Larrieu, peintre et président de la Fondation Taylor

 

Pour cela, pas de méthode magique, pas de recette toute faite menant à coup sûr au succès.
Toutefois, il est possible (et essentiel) d’établir une stratégie, qui permette de tendre à vivre de son art.
Quelques clefs ont été données par les différents intervenants :

L’artiste / entrepreneur – une approche économico-sociologique

En soi, le champ de la création est vaste. Mais être un créateur ne suffit pas, et le métier d’artiste se voit très vite rattrapé par des questions financières : il faut trouver des moyens de produire, un atelier, etc. puis se vendre.

C’est là qu’on rentre dans une vraie logique professionnelle : stratégies marketing et financières, questions de fiscalité, protection des œuvres… L’artiste doit maîtriser ces sujets. C’est un entrepreneur à part entière.

Le marché est très difficile pour les jeunes artistes. Quand on débute, il faut faire beaucoup d’expositions, ne pas hésiter à rencontrer des groupements d’artistes, de collectionneurs si possible. Montrer un maximum son travail. Cela demande du temps, de l’engagement. C’est une vocation.

Sur le plan fiscal, l’artiste déclare ses revenus en BNC (bénéfices non commerciaux), tout comme les professions libérales, sur la vente de ses œuvres originales.

Le régime fiscal de micro-BNC est un régime simplifié qui peut être particulièrement adapté à un artiste en début d’activité. Un aura qui aura beaucoup de frais de création aura intérêt quant à lui à opter pour une déclaration aux frais réels.

La vente de reproductions d’œuvres d’art relève de bénéfices industriels et commerciaux (ou BIC) et nécessite un statut juridique différent du statut de l’artiste.

 

La vente aux enchères

La vente aux enchères est bien souvent un second marché, qui intervient après le décès de l’artiste.

Un catalogue est édité en amont, puis une exposition vient précéder la vente.

Ici, les opinions divergent. On déconseille généralement à l’artiste de mettre ses œuvres directement en vente aux enchères. On peut très bien devenir un artiste majeur sans cotation aux enchères.

Jean-François Larrieu, peintre et président de la Fondation Taylor, estime pour sa part que la cote en vente est essentielle. 

Pour lui, la marche à suivre se compose ainsi :

– 1er palier : trouver une ou des galeries pour présenter le travail
– 2ème palier : mettre ses œuvres en ventes publiques.
Sinon, le spécialiste estime qu’on a vite fait d’être considéré comme un artiste mineur.
Il ne s’agit pas de pousser la cote artificiellement, mais de mettre de temps en temps, peut-être une à deux fois par an, une oeuvre en vente.

 

J’attire ici l’attention des artistes plasticiens sur les commissaires-priseurs qui vous proposent une vente aux enchères moyennant participation financière. Ces opérations sont onéreuses, avec des frais exorbitants, et ne vous rapportent généralement rien. Je vous renvoie ici aux consignes de la Commission préventive de la Maison des Artistes sur la question.

 

L’établissement du prix

Là encore, pas de grille de prix toute faite pour les jeunes artistes.

L’établissement des prix est un véritable exercice de funambule : il ne faut pas sous-vendre, mais il ne faut pas vendre trop cher dès le début. Des prix abordables permettent de se créer un premier réseau, de le fidéliser. Il ne faut pas hésiter non plus à se montrer généreux, offrir une petite oeuvre en cadeau à une galerie ou un collectionneur fidèle.

La cote d’un artiste, ce sont essentiellement les professionnels de l’art qui la font évoluer. Il est aujourd’hui difficile de vendre de l’art en France.

On déconseille généralement aux artistes de louer des murs, il vaut mieux faire des expositions de groupes.

Aux artistes qui se voient démarcher par les galeries, on conseille de bien lire les contrats. Un contrat vous sécurise, mais il est important de ne pas être lié par des clauses telle qu’une quantité d’œuvres à fournir, pour garder son indépendance créatrice.

Sur la location des murs, je serais un peu moins ferme sur la question. Certaines « galeries » sont en effet des murs à louer, à un tarif élevé, pour rien d’autre que des murs. Toutefois, on note l’émergence de nouveaux lieux qui proposent parfois, en plus de la location des murs, des prestations de communication, de promotion de l’exposition sur un fichier de contacts établi, à des tarifs qui restent parfois attractifs. N’hésitez pas à vous renseigner !

 

La question du produit dérivé

Le produit dérivé est incontournable, mais c’est aussi très « casse-gueule » (sic). On peut faire de petites séries, quelques multiples, mais il faut que ça reste très lié à l’œuvre. Les produits dérivés sont aussi un moyen de financer la création.

On constate d’ailleurs que les artistes étrangers travaillent beaucoup plus le produit dérivé qu’en France.

Des ventes de multiples, ou des ventes d’ateliers à petits prix, permettent l’achat coup de cœur, et ainsi de vous constituer un premier portefeuille clients.

 

Le rôle des institutions publiques

Dès lors que l’on accepte qu’il faut être aidé pour faire vivre sa création, le rôle des institutions doit être de soutenir les artistes, au delà de choix esthétiques, dans toute leur diversité. Ce n’est malheureusement pas le cas actuellement en France.

 

Le secteur des entreprises

Il existe différents dispositifs fiscaux pour les entreprises, afin de les encourager à soutenir les artistes plasticiens : fiscalité adaptée, grand dispositif du mécénat, etc.

Une entreprise peut acheter des œuvres d’art contemporain à un artiste vivant avec un amortissement sur 5 ans. Toutefois, cet avantage fiscal n’est pas accessibles aux professions libérales ou aux BNC.

Les entreprises peuvent également distribuer des bourses, des prix, soutenir des résidences d’artistes, ouvrir des lieux d’exposition, ou des structures pérennes comme des fondations d’entreprise ou des fonds de dotation. Elles peuvent apporter leur soutien à des salons, des festivals,…

Les entreprises, même petites, doivent être sensibilisées à ces questions, qui leur permettent de développer une véritable identité d’entreprise.

Ces acteurs du secteur privé sont importants, d’autant plus lorsque l’État se désengage. Certaines entreprises sont en demande de s’associer à une exposition, en échange d’une valeur ajoutée comme une soirée privée, ou un atelier avec l’artiste pour leurs salariés.

 

Les coach d’artistes

Le nouveau métier de coach d’artistes est en plein développement. C’est le cas de Claudine Bory-Teucquam, qui raconte qu’elle est devenue agent « par accident ». Parmi les stratégies qu’elle évoque, elle propose notamment de créer des groupes de collectionneurs, vendre de petites œuvres.

Être coach, c’est être la maman de l’artiste, mais ce n’est pas nécessairement le travail du coach et vendre les œuvres. On est à la fois manager et soigneur.

Pour ma part, je n’aime pas trop le terme de « coach ». Aujourd’hui, on est coach sportif, coach en développement personnel, coach en séduction… C’est un terme un peu fourre-tout qui ne correspond pas exactement à ma vision du métier, même si je me suis retrouvée de beaucoup dans l’expérience de l’intervenante. Je suis agent d’artistes, et je vois mon métier comme à la croisée entre ce « coach » et une galerie. J’épaule mes artistes, je suis une oreille attentive et une opinion professionnelle, je rassure et j’aide à avancer. Mais je suis aussi communicante, je développe pour mes artistes des stratégies de comm’, de marketing, de vente. Je mets en relation le collectionneur et l’artiste quand je vois une opportunité de vente. Je suis agent d’artistes, dans toutes les formes de soutien que je peux envisager.

 

En vrac, quelques points

  • Si on ne vend pas, envisager de baisser ses prix.
  • Le prix d’une œuvre ne peut pas être quantifié par rapport aux frais engagés dans sa création.
  • Les femmes artistes ont plus de difficultés que les hommes, qui sont plus majoritairement achetés par les galeries et les collectionneurs.
  • Il serait nécessaire d’ouvrir les déductions fiscales aux particuliers, professions libérales et BNC.

 

C’est la fin de ce rapport sur le Forum Entreprendre dans la Culture. J’y ai trouvé les échanges enrichissants, avec un panel d’experts d’horizons variés. J’espère pouvoir retrouver les vidéos des tables rondes et vous les partager. D’autres articles seront également à venir sur ce type de retours d’expériences et de conférences sur le marché de l’art actuel. Pensez à vous abonner à la newsletter pour recevoir les notifications !