L’ARTISTE

 

Philippe Vazeille est né en 1951, à Clermont-Ferrand
Juriste de formation, il a consacré la totalité de sa vie professionnelle au journalisme (45 ans)
Il dessine et il peint depuis son plus jeune âge.
Avec l’adolescence et la puberté, ses paysages bretons ont laissé la place à la dimension charnelle de l’amour.
Au seuil de sa majorité, en 1969 (année érotique), Philippe Vazeille crée Corentin Kembraeg, artiste libertin et secret.
Aujourd’hui, Corentin Kembraeg est toujours libertin. Mais il n’est plus secret.

 

      « Corentin Kembraeg est né dans l’imagination de Philippe Vazeille voilà près d’un demi-siècle. Disons en 1969. Des  lustres durant il y a grandi en toute quiétude, à l’abri des regards et des jugements. Dans cette étroite et constante intimité avec l’inconscient plus ou moins envahissant de Philippe, son créateur, Corentin fut ainsi, peu à peu, exposé aux fantasmes et pulsions, aux perversions et turpitudes de celui qui prenait plaisir à se définir comme une personne irrévocablement vouée au stupre et à la luxure.

      Il était donc fatal que Corentin Kembraeg se structurât à partir de tout ce que Philippe voulut bien lui transmettre de sa fièvre graphico-sexuelle et de ses quelques dispositions artistiques, aussi sommaires et autodidactes fussent-elles.

Tant et si bien que Corentin se mua en interprète zélé des libidineuses et picturales inclinations de Philippe Vazeille, au point de produire, à partir du début du XXIème siècle, près d’une centaine d’œuvres dont la plupart sont scandaleusement pornographiques, dans le rendu comme dans l’intention. Soit dessinées au crayon, à la plume ou au pastel, soit peintes à l’aquarelle, à la gouache, à l’acrylique ou à l’huile, ces productions sont toutes marquées, à un endroit ou à un autre, du « CK » stylisé de Corentin Kembraeg, un monogramme derrière lequel s’active l’esprit prioritairement lubrique de Philippe Vazeille.

      Mais, au fait, pourquoi « Corentin » et pourquoi « Kembraeg » ? Nul besoin d’être grand clerc pour supposer que ce prénom et ce nom, à consonances armoricaines, pourraient témoigner d’un lien existant entre Philippe Vazeille et la Bretagne ou, plus largement, le monde celtique. Cette supposition est évidemment la bonne. Si le choix de « Corentin » n’appelle pas d’explication particulière (Corentin, comme chacun le sait, est l’un des sept saints fondateurs des évêchés de la Bretagne christianisée), celui de « Kembraeg », pour sa part, mérite quelque éclaircissement. « Kembraeg », en langue bretonne, signifie « gallois » … Gallois, comme un aïeul de Philippe Vazeille, natif de Swansea. Aussi, l’un avec l’autre, Corentin et Kembraeg conjuguent et symbolisent l’attirance indéfectible et le profond attachement de Philippe pour la terre bretonne, pour l’horizon atlantique et pour cet esprit celte si subtil, parfois complexe et tellement captivant.

      Et la pornographie dans tout ça ? Les représentations crues ou imagées, obscènes ou suggestives des activités sexuelles sont incontestablement le fil rouge de la production graphique de Corentin Kembraeg, l’auteur obéissant sans retenue aux injonctions érotomaniaques que lui adresse Philippe Vazeille.

Lorsque les femmes et les hommes s’abandonnent corps et âme aux interdits et aux jouissances qu’une sexualité subjugante leur inspire, ils pénètrent momentanément dans un espace et dans un temps fusionnels, un cosmos fornicateur où les appâts mâles et femelles s’emballent et s’entremêlent, emportés par un tourbillon de turgescences et de béances, d’aspirations et de succions, d’éjections de semence et d’abondance de sécrétions.

Le but c’est de mettre en images cet espace-temps éphémère et orgasmique dans une ronde de phallus et de vulves, de clitoris et de glands, de testicules et de seins, de fellations et de cunnilingus, de mouillures vaginales et de pénis éjaculateurs. Et que cette mise en images fasse, si possible, de l’effet sur celles et ceux à qui elle s’expose.

Au gré de ce feston de fesses festives, l’observateur ou l’observatrice notera que Corentin Kembraeg navigue d’un genre à l’autre (ici, il convient surtout d’entendre « genres graphiques », bien sûr). Sans doute faut-il en chercher la cause dans le constant recours de l’auteur à des techniques et supports éclectiques, recours symptomatique d’une totale absence de formation artistique. Il faut aussi en trouver l’origine dans des inspirations variant en fonction des situations vécues ou imaginées, au fil des années, par « Philippe Kembraeg » et « Corentin Vazeille » … Voilà pourquoi passe-t-on de la partouze bucolique au plaisir solitaire urbain, du sous-bois fleuri à la plage ensoleillée, du clair de lune au trou noir, de la plume bien taillée au pinceau bien trempé, de la pipe à l’eau à la branlette à l’huile, de l’aplat aqueux au crayonnage gras, du papier libre à la toile tendue, ou du 20 x 20 au 50 x 50 (puisque les dimensions ont parfois leur importance, nous dit-on).

A l’usage de celles et ceux qui, par choix ou par erreur, se laisseront aspirer par ce libertinage  iconographique, voilà ce qui peut être succinctement dit, à ce jour, de ce Pinocchio de Corentin Kembraeg et de Philippe Vazeille, son Geppetto. En espérant que cette farandole licencieuse les séduise ou les amuse, les perturbe ou les excite … Suffisamment, en tout cas, pour qu’ils cèdent au désir de s’en approprier une part. »

Philippe Vazeille