Jim Fauvet : ma vie, mon œuvre – Extraits

« J’aime l’idée que les formes tendent vers leurs propres déformations, vers un état de plus en plus approché mais jamais atteint, de l’informe, infini imaginable comme un futur. Chaque chose découle d’une autre, ou de plusieurs, et s’étire vers ses propres distorsions, de cet état où le processus de transformation joue le rôle de la structure de chaque objet, de chaque idée, de chaque geste.
L’expérimentation est essentielle. Je souhaite que la nature formelle de mon travail fasse référence au geste comme système de pensée. L’action de “faire” génère du sens au même titre que la pensée développe un concept, ce qu’appelle Jacqueline Lichtenstein la “pensée artistique”, celle des artistes. Cette pensée n’est pas purement spéculative, elle implique toujours un rapport pratique à la théorie. Je veux dans mon travail une implication essentielle dans le “comment je donne à voir”. Je ne veux pas proposer de raccourci entre le regardeur et mon travail, qui réduirait mes recherches à un pur effet esthétique; j’aime l’idée du sens et de l’existence des propriétés artistiques. Mon travail d’artiste consiste à faire de l’art, le travail du regardeur est de le regarder. L’affirmation de Marcel Duchamp “c’est le regardeur qui fait l’oeuvre” a fait beaucoup de dégâts. Non qu’elle soit entièrement fausse, mais ce raccourci nie l’existence de l’objet du travail artistique, cette partie sous-marine de l’iceberg du voir.

[…]

Je projette des sculptures de Femmes géantes, la fin du règne de la virilité absurde, des monstres d’art, rencontrer des gens, faire des expositions, cuisiner pour les gens que j’aime et j’ai une passion pour ma femme. Je suis timide, je ne m’aime pas vraiment, je rêve d’être un grand séducteur et j’ai plus confiance aux femmes qu’aux hommes. J’ai pleins de fantasmes non-assouvis, j’essaie de dire ce que je pense mais ce n’est pas si simple, et je ne peux pas m’ empêcher de regarder dans le décolleté des filles. Je ne fume plus depuis 5 ans, je bois du vin et j’adore les GIFs érotiques. J’aimerai être un copain du Duc dans «the big Lebowski» des frères Coen, je suis fasciné par la science-fiction et la beauté des filles, et paradoxalement je me projette toujours avec ma femme dans le futur. Je prend du plaisir à faire mon travail, et je suis constamment pris dans une tenaille de compromis: où mon honnêteté s’arrête-t-elle? »

Jim Fauvet